Samedi 16 juin 2018

 

C’est en tant que Présidente déléguée départementale de la FNDIRP que je m‘adresse à vous. Je vais essayer et ce, de manière non exhaustive, de vous livrer le parcours, ô combien méritant de Franz Pepelnjak, notamment lors de son internement et de sa déportation.

Militant, dès son plus jeune âge, au sein des jeunesses communistes et ensuite du parti communiste français, cet engagement le conduisit à être un résistant de la 1ère heure, notamment au sein de la MOI, mouvement de résistance initié par le parti communiste français. Il mène aussi des actions avec le front national, celui de l’époque bien évidemment.

Les collabos, à la botte de Pétain, accomplissant leur sale besogne, dénoncèrent les activités de Franz et il est interné, pendant 7 mois  à la prison de Douai. Il est libéré en juin 42. Il poursuit des actes de résistance et une nouvelle arrestation le conduit dans plusieurs geôles vichystes : Béthune, Doullens, Nancy, Ecrouves,  et Voves. Dans ce dernier camp, il participe à l’organisation d’une évasion mais ne réussit pas à en bénéficier. Après l’évacuation du camp, il part pour Compiègne au camp de Royallieu en mai 44. Il n’y reste que 15 jours et part pour Neuengamme, entassé dans des wagons à bestiaux, sans nourriture ni boisson.

Dans ce camp de la mort nazi, il porte le triangle rouge avec les lettres YU, nationalité yougoslave. Il est affecté au Kommando de Bremmen Farge pour la construction d’une base sous-marine. Il profite d’un changement de vêtements pour gratter le YU et le remplacer par le F.

En janvier 45, il quitte le camp considéré comme « musulman » (expression signifiant moribond dans le jargon nazi) et est transféré au camp de Neuengamme où il est entassé, dans un bâtiment en dur, avec des camarades dans le même état que lui. Suite à un accord entre la croix rouge suédoise et Himmler, il est décidé de vider le camp. Il réussit à s’engouffrer dans une camionnette qui devait rapatrier essentiellement les prisonniers suédois. Stoppé dans un Kommando du nord, après une longue marche de 70km, le ventre vide, il arrive à Bergen Belsen. Le camp est libéré le 15 avril par les Britanniques. Il le quitte le 23 mai et revient en France le 25.

Après très peu de repos, il reprend ses activités politiques au sein du PCF. Rien n’avait ébranlé ses convictions, fidèle à ses idéaux il était resté.

En 48, une participation active aux manifestations anti OTAN lui confère une condamnation à 1 mois de prison et à 5 ans d’inéligibilité. En effet, il tombe sous le coup de la loi de reconduction à la frontière, il est yougoslave. Il finit par obtenir sa naturalisation suite à sa demande.

A l’époque, il est chaudronnier, chef de chantier. Des problèmes de santé l’obligent à changer de profession. Il réussit un concours du ministère de l‘équipement et choisit un poste sur Grenoble, région qu’il connaissait.

Il devient martinérois en 1966. Il sera quelque temps secrétaire de la section FNDIRP de Saint Martin d’Hères.

A son retour, il a peu raconté. Par pudeur ? Par douleur ? Par humilité ? Peu importe, il a beaucoup agi pour son pays et pour les valeurs républicaines. Permettez-moi de reprendre quelques mots de Julien Lauprêtre, Président du Secours Populaire Français, à propos du débat sur l’identité française : « qui la mérite le plus ? Les flics français qui ont torturé et conduit au peloton d’exécution et dans les camps de la mort nazis ou ces hommes qui ont tout donné pour la France au péril de leur vie ? ». Fin de citation. N’oublions jamais que c’est aussi grâce à des étrangers que la France a retrouvé ses lettres de noblesse.

Aujourd’hui la FNDIRP a perdu un militant, un ami, un grand monsieur.

Monsieur Franz Pepelnjak, votre action et celle de vos camarades de misère, doit rester dans nos mémoires pour le plus jamais ça. Vos luttes pour les valeurs de Paix, de Justice et de Liberté nous tracent le chemin que nous devons suivre. D’ailleurs, vos enfants et petits-enfants ont déjà, par leur militantisme, bien entamé cette route.

Vous avez, malgré d’énormes souffrances, avilissements et sacrifices, su garder foi en l’être humain. A l’heure où le fascisme refait surface de manière éhontée, à l‘heure où l’individualisme prend le pas sur l’altruisme, la FNDIRP  poursuit, avec les moyens qui sont les siens, l’œuvre d’humanisme que vous et vos camarades avez commencée. Vous n’avez jamais failli à vos engagements et vous êtes resté debout, nous agissons et agirons dans cette voie.

 

Merci Monsieur Pepelnjak, merci Franz.

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Michèle Josserand