Merci Véronique pour cette Chronique extraite du Patriote Résistant de l'Isère...

Pas d’histoire sans elles

Que transmettons-nous aujourd’hui à nos enfants ? Certes une histoire riche, complexe, ouverte au monde. Mais ce récit, qui se pense universel, reste partiel, partial et finalement borgne.  C’est une conception de l’histoire enseignée qui remonte aux débuts de notre école républicaine : penser et conjuguer l’histoire au masculin pour former des citoyens et des grands hommes qui agiraient seuls sur l’espace public. Le « roman national », geste de nos héros, proposait dans ses marges une « petite histoire » touchant le domaine privé, agrémentée d’anecdotes plus ou moins légères : c’était la part des femmes. Des générations ont été formées selon cette approche encore dominante. N’est-il pas surprenant de parler au seul masculin de mouvements nationaux, sociaux ou religieux, de guerres, de massacres, de génocides, alors que des populations entières sont concernées ? N’est-il pas étrange de parler au seul masculin, ou au neutre pluriel, de migrations, d’urbanisation, de bouleversements technologiques, de modification du travail, alors que femmes et hommes y sont impliqués, souvent différemment? Pourquoi contribuer à un musée imaginaire des arts où les femmes ne sont que des objets de représentation ? Pourtant, dès 1940, avec les manifestations de ménagères, elles sont les premières à « monter au front ». Dans la résistance, elles ont joué un rôle déterminant. Comme les hommes, les femmes ont été arrêtées, emprisonnées, torturées, déportées, assassinées. Dans les camps femmes et hommes partageaient les mêmes conditions : logements insalubres, nourriture très insuffisante, absence quasi-totale de soins, travail forcé, humiliations, violences, assassinats.

Depuis quarante ans, l’histoire des femmes est devenue un champ de recherches scientifiques. Répondant à une attente du mouvement social des femmes des années 1970, il s’agissait en premier lieu de rendre visibles les femmes du passé. Depuis les années 1980, l’objectif est aussi d’analyser les relations sociales entre femmes et hommes, relations qui organisent toute société selon des modalités variables. Par ailleurs, les identités masculines et féminines ne résultent pas seulement de données naturelles mais aussi de constructions sociales et culturelles qui doivent être historicisées. Ces approches, plus récentes, constituent ce qu’on appelle communément l’histoire du genre.

Les années 2000 ont vu naitre la première loi sur la parité politique, la création du congé de paternité. Les années 2010, jusqu’à aujourd’hui mettent l’accent sur les violences faites aux femmes, sans toutefois y mettre les moyens financiers : fermetures de plannings familiaux, de centres d’IVG, de CIDFF (centre d’information des droits des femmes et de la famille), comme à Grenoble l’an passé.

L’affaire Weinstein est la dernière démonstration que la domination patriarcale est bien présente, et que le combat pour l’égalité femmes-hommes est un combat nécessaire et indispensable dans la marche vers l’humanité. Notre association, dans son rôle et ses actions de témoignages et de transmission aux jeunes générations a le devoir d’être déterminée pour dire que l’histoire ne se fait pas sans les femmes. Pas d’histoire sans elles, nous ne sommes ni victimes, ni héroïques mais actrices.

 

Véronique Sanchez

Membre du bureau départemental